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Autoconsommation et décret tertiaire : une fausse bonne idée de l’exclure ?

Dernière mise à jour : 28 avr.

image GB veille

Une question qui dépasse le simple cadre réglementaire


Lors d’échanges récents avec la Direction générale de l’énergie et du climat, dans le cadre de travaux normatifs, un point a émergé qui mérite d’être partagé.

L’administration s’interroge aujourd’hui sur la place de l’autoconsommation dans le décret tertiaire.En toile de fond : une question de cohérence avec la Energy Efficiency Directive, dont l’objectif premier est la réduction de la consommation d’énergie finale.

Autrement dit :

produire localement de l’énergie renouvelable permet-il réellement de répondre à un objectif d’efficacité énergétique ?

La question est légitime. Mais la réponse mérite d’être nuancée.


Le décret tertiaire : une logique initiale centrée sur la sobriété


Le décret tertiaire repose sur un principe simple :réduire les consommations énergétiques des bâtiments à usage tertiaire selon des objectifs progressifs (−40 %, −50 %, −60 %).

Dans cette logique :

  • les actions attendues sont d’abord des actions de sobriété et d’efficacité

  • l’amélioration de la performance repose sur :

    • l’isolation

    • les équipements

    • l’exploitation

    • les usages

L’autoconsommation, en revanche, n’agit pas directement sur la consommation finale mesurée.

Elle ne réduit pas le besoin, elle modifie l’origine de l’énergie consommée

C’est précisément ce point qui interroge aujourd’hui les pouvoirs publics.


Je me souviens avoir eu ces échanges lors de la rédaction du décret et j'avais alors largement poussé pour l'integration de l'autoconsommation comme un éléments de performance décret tertiaire.


Une vision théorique… confrontée à la réalité du terrain


Sur le papier, la distinction est claire. Dans la réalité, elle l’est beaucoup moins.


1. L’autoconsommation transforme les usages

Installer une centrale photovoltaïque en autoconsommation n’est pas neutre :

  • elle incite à consommer différemment

  • elle favorise le pilotage des équipements

  • elle rend visible l’énergie

Elle transforme un bâtiment passif en acteur énergétique


2. Elle accélère le pilotage énergétique

Dans la plupart des projets observés :

  • autoconsommation = mise en place de supervision

  • couplage avec GTB / GTC

  • réflexion sur les profils de charge

Elle devient un levier d’optimisation opérationnelle


3. Elle s’inscrit dans une logique système

Le décret tertiaire a été conçu dans une logique “bâtiment”.

Or, le système énergétique évolue vers :

  • plus d’électricité

  • plus de production décentralisée

  • plus de variabilité

Dans ce contexte :

La performance ne se mesure plus uniquement en kWh économisés👉 mais en capacité à optimiser un système global


Le risque d’un effet d’aubaine… réel mais maîtrisable


La position de l’administration repose aussi sur un risque réel : celui de voir des acteurs atteindre leurs objectifsnon pas en réduisant leur consommation,mais en produisant leur propre énergie


Ce point est légitime mais il appelle une réponse plus fine que la suppression pure et simple.


Vers une approche plus équilibrée


Plutôt que d’opposer efficacité énergétique et autoconsommation,il semble plus pertinent de les articuler.


1. Ne pas considérer l’autoconsommation comme une économie directe

✔️ Elle ne doit pas se substituer aux efforts sur les usages


2. Mais reconnaître son rôle dans la transformation énergétique

✔️ Elle contribue à :

  • la flexibilité

  • le pilotage

  • la décarbonation


3. Conditionner sa prise en compte

Une piste possible :

  • valorisation partielle

  • conditionnée à :

    • un taux d’autoconsommation élevé

    • des dispositifs de pilotage

    • une logique d’optimisation réelle


Un débat révélateur d’un changement de paradigme


Au fond, le débat dépasse largement le décret tertiaire.

Il oppose deux visions :

🔹 Une approche historique : réduire les consommations

🔹 Une approche émergente : piloter un système énergétique complexe(mêlant consommation, production et flexibilité).


Conclusion : ne pas rater l’évolution du système énergétique


Exclure l’autoconsommation du décret tertiaire reviendrait à :

  • simplifier un problème devenu complexe

  • ignorer les dynamiques en cours sur le terrain

  • dissocier efficacité énergétique et transition énergétique

À l’inverse, une approche plus nuancée permettrait :

  • de conserver l’exigence de sobriété

  • tout en intégrant les évolutions du système énergétique

L'enjeu n’est plus seulement de consommer moins,mais de consommer mieux, au bon moment, et avec la bonne énergie.


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