Autoconsommation et décret tertiaire : une fausse bonne idée de l’exclure ?
- GREENBIRDIE

- 20 avr.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 28 avr.

Une question qui dépasse le simple cadre réglementaire
Lors d’échanges récents avec la Direction générale de l’énergie et du climat, dans le cadre de travaux normatifs, un point a émergé qui mérite d’être partagé.
L’administration s’interroge aujourd’hui sur la place de l’autoconsommation dans le décret tertiaire.En toile de fond : une question de cohérence avec la Energy Efficiency Directive, dont l’objectif premier est la réduction de la consommation d’énergie finale.
Autrement dit :
produire localement de l’énergie renouvelable permet-il réellement de répondre à un objectif d’efficacité énergétique ?
La question est légitime. Mais la réponse mérite d’être nuancée.
Le décret tertiaire : une logique initiale centrée sur la sobriété
Le décret tertiaire repose sur un principe simple :réduire les consommations énergétiques des bâtiments à usage tertiaire selon des objectifs progressifs (−40 %, −50 %, −60 %).
Dans cette logique :
les actions attendues sont d’abord des actions de sobriété et d’efficacité
l’amélioration de la performance repose sur :
l’isolation
les équipements
l’exploitation
les usages
L’autoconsommation, en revanche, n’agit pas directement sur la consommation finale mesurée.
Elle ne réduit pas le besoin, elle modifie l’origine de l’énergie consommée
C’est précisément ce point qui interroge aujourd’hui les pouvoirs publics.
Je me souviens avoir eu ces échanges lors de la rédaction du décret et j'avais alors largement poussé pour l'integration de l'autoconsommation comme un éléments de performance décret tertiaire.
Une vision théorique… confrontée à la réalité du terrain
Sur le papier, la distinction est claire. Dans la réalité, elle l’est beaucoup moins.
1. L’autoconsommation transforme les usages
Installer une centrale photovoltaïque en autoconsommation n’est pas neutre :
elle incite à consommer différemment
elle favorise le pilotage des équipements
elle rend visible l’énergie
Elle transforme un bâtiment passif en acteur énergétique
2. Elle accélère le pilotage énergétique
Dans la plupart des projets observés :
autoconsommation = mise en place de supervision
couplage avec GTB / GTC
réflexion sur les profils de charge
Elle devient un levier d’optimisation opérationnelle
3. Elle s’inscrit dans une logique système
Le décret tertiaire a été conçu dans une logique “bâtiment”.
Or, le système énergétique évolue vers :
plus d’électricité
plus de production décentralisée
plus de variabilité
Dans ce contexte :
La performance ne se mesure plus uniquement en kWh économisés👉 mais en capacité à optimiser un système global
Le risque d’un effet d’aubaine… réel mais maîtrisable
La position de l’administration repose aussi sur un risque réel : celui de voir des acteurs atteindre leurs objectifsnon pas en réduisant leur consommation,mais en produisant leur propre énergie
Ce point est légitime mais il appelle une réponse plus fine que la suppression pure et simple.
Vers une approche plus équilibrée
Plutôt que d’opposer efficacité énergétique et autoconsommation,il semble plus pertinent de les articuler.
1. Ne pas considérer l’autoconsommation comme une économie directe
✔️ Elle ne doit pas se substituer aux efforts sur les usages
2. Mais reconnaître son rôle dans la transformation énergétique
✔️ Elle contribue à :
la flexibilité
le pilotage
la décarbonation
3. Conditionner sa prise en compte
Une piste possible :
valorisation partielle
conditionnée à :
un taux d’autoconsommation élevé
des dispositifs de pilotage
une logique d’optimisation réelle
Un débat révélateur d’un changement de paradigme
Au fond, le débat dépasse largement le décret tertiaire.
Il oppose deux visions :
🔹 Une approche historique : réduire les consommations
🔹 Une approche émergente : piloter un système énergétique complexe(mêlant consommation, production et flexibilité).
Conclusion : ne pas rater l’évolution du système énergétique
Exclure l’autoconsommation du décret tertiaire reviendrait à :
simplifier un problème devenu complexe
ignorer les dynamiques en cours sur le terrain
dissocier efficacité énergétique et transition énergétique
À l’inverse, une approche plus nuancée permettrait :
de conserver l’exigence de sobriété
tout en intégrant les évolutions du système énergétique
L'enjeu n’est plus seulement de consommer moins,mais de consommer mieux, au bon moment, et avec la bonne énergie.




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