Décarbonation industrielle

Décarboner l'industrie
de précision : le cas VCN Industries.

Gaëtan COLLIN · · 7 min de lecture

Dans l'industrie, engager une démarche de décarbonation commence par une question simple : où se situent réellement les émissions de gaz à effet de serre de l'entreprise ? La réponse n'est pas toujours là où on l'attend. C'est tout l'intérêt de la démarche engagée par VCN Industries, spécialiste du décolletage et de l'usinage de précision implanté à Sigoulès-et-Flaugeac, en Dordogne, et intervenant notamment pour les secteurs de l'aéronautique, du médical et de la défense.

Décarbonation industrielle chez VCN Industries, spécialiste du décolletage de précision

Avec le soutien de Bpifrance et de l'ADEME, GREENBIRDIE a accompagné VCN Industries dans la réalisation d'un Diag Décarbon'Action afin de mesurer son empreinte carbone, d'en comprendre les principaux déterminants et d'identifier les leviers d'action adaptés à la réalité de son activité.

478 tonnes de CO2e : mesurer pour comprendre où agir

Le bilan réalisé sur l'exercice 2025 évalue l'empreinte de l'entreprise à 478 tonnes de CO2 équivalent. L'analyse couvre l'ensemble de la chaîne de valeur : énergie, matières premières, sous-traitance, immobilisations, déplacements, fret ou encore déchets.

Mais l'intérêt d'un bilan carbone ne réside pas uniquement dans son résultat global. Il permet surtout de comprendre comment se répartissent les émissions et donc de concentrer les efforts sur les postes les plus significatifs. Dans le cas de VCN Industries, les principaux postes sont notamment :

Cette photographie permet ainsi d'aller au-delà d'une approche de la décarbonation qui serait limitée aux seules consommations énergétiques du site.

478 tCO2e
empreinte carbone
totale (exercice 2025)
74 %
des émissions matières
liées au titane
78 %
des émissions services
liées à la sous-traitance

Le poids des matières premières dans l'industrie de précision

Le diagnostic fait apparaître un enseignement particulièrement significatif : le titane représente à lui seul 74 % des émissions associées aux matières premières de VCN Industries. L'inox constitue le deuxième contributeur de ce poste.

Cette situation s'explique par les quantités utilisées, mais également par l'empreinte carbone très différente des métaux selon leur nature, leur origine et leurs procédés de fabrication.

Pour autant, dans des secteurs comme l'aéronautique, le médical ou la défense, un industriel comme VCN ne choisit pas librement la composition des pièces qu'il fabrique. Nuances métallurgiques, caractéristiques techniques, procédés et qualifications sont très souvent définis par le donneur d'ordre.

La réduction de l'empreinte des matières ne consiste donc pas simplement à substituer un métal par un autre. Elle suppose plutôt de travailler progressivement sur :

La décarbonation devient alors un sujet de dialogue entre l'industriel, ses fournisseurs et ses donneurs d'ordre.

La sous-traitance : agir sur une chaîne de valeur que l'entreprise ne maîtrise pas seule

La même logique s'applique à la sous-traitance. Les prestations sous-traitées représentent une part importante de l'empreinte carbone de VCN Industries : 78 % des émissions du poste consacré aux services sont liées à la sous-traitance. Traitements thermiques, traitements de surface, passivation ou encore soudure font partie intégrante du processus industriel mais sont réalisés par des partenaires extérieurs.

L'enjeu consiste donc d'abord à mieux connaître leur performance carbone. La démarche peut notamment conduire à demander progressivement aux partenaires leurs propres données d'émissions, à privilégier des facteurs d'émission physiques plutôt que des estimations monétaires et à intégrer la performance carbone parmi les critères d'analyse des fournisseurs.

Là encore, les évolutions doivent rester compatibles avec les exigences techniques, les qualifications et les prescriptions des clients. L'objectif n'est pas de modifier brutalement une chaîne d'approvisionnement éprouvée, mais de faire progressivement de la donnée carbone un critère supplémentaire de décision industrielle.

Une entreprise qui avait déjà engagé sa transition énergétique

Le bilan permet également de mettre en perspective les actions déjà réalisées par VCN Industries. L'entreprise dispose notamment d'une ombrière photovoltaïque qui a produit environ 330 MWh en 2025, soit près de 26 % des besoins électriques du site couverts par une production locale.

VCN Industries a également entièrement revu son système de chaud et de froid dans l'atelier avec la mise en place d'une récupération de chaleur, opérationnelle depuis début 2026. L'entreprise mène par ailleurs plusieurs actions d'économie circulaire, notamment à travers le recyclage des copeaux métalliques et la récupération des huiles utilisées dans ses procédés.

Une décarbonation forcément globale

Ces actions montrent pourquoi une stratégie carbone doit être globale. Une entreprise peut avoir déjà fortement travaillé sur son énergie et découvrir, grâce à son bilan carbone, que l'étape suivante se joue principalement dans les matières, les achats et la chaîne de valeur.

Du bilan carbone au plan d'action

À partir de cette analyse, les équipes de VCN Industries et GREENBIRDIE ont travaillé ensemble à la construction d'un plan d'action adapté aux contraintes de l'entreprise. Plusieurs axes ont notamment été étudiés :

Cette dernière dimension est essentielle. Le premier bilan constitue une photographie. La véritable démarche de décarbonation commence lorsque l'entreprise organise le suivi de ses indicateurs et intègre progressivement le carbone dans ses décisions.

Répondre aux nouvelles attentes des donneurs d'ordre

Pour VCN Industries, la démarche répond également à une évolution très concrète de son marché. Dans les filières aéronautique, médicale ou défense, les donneurs d'ordre demandent de plus en plus à leurs fournisseurs de documenter leur empreinte environnementale et les actions engagées pour la réduire.

Pour une PME industrielle, disposer d'une donnée carbone robuste permet alors de répondre plus sereinement aux questionnaires clients, aux appels d'offres et aux politiques RSE des grands groupes. À terme, la capacité à connaître l'empreinte de ses matières, de ses procédés et de sa chaîne de fournisseurs peut ainsi devenir un élément de compétitivité et de différenciation.

Décarboner l'industrie nécessite d'agir sur tout l'écosystème

Le cas VCN Industries illustre finalement une réalité fondamentale de la transition industrielle. Une entreprise ne maîtrise pas seule l'ensemble de son empreinte carbone. Elle dépend de ses fournisseurs, de ses sous-traitants mais également des choix techniques et des spécifications de ses clients.

La décarbonation consiste donc autant à réduire ses propres consommations qu'à mesurer, dialoguer, proposer et progressivement entraîner l'ensemble de sa chaîne de valeur. C'est précisément l'objectif d'un Diag Décarbon'Action : transformer une mesure carbone en une feuille de route adaptée aux réalités opérationnelles de l'entreprise.

Ce qu'il faut retenir

1.
L'empreinte carbone ne se limite pas à l'énergie du site. Chez VCN Industries, matières premières et sous-traitance concentrent l'essentiel des enjeux.
2.
Un métal ne vaut pas un autre. Le titane représente 74 % des émissions matières : la nature et l'origine des métaux pèsent autant que les quantités utilisées.
3.
La décarbonation dépasse les murs de l'entreprise. Sous-traitants, fournisseurs et donneurs d'ordre doivent être associés à la démarche.
4.
Les efforts déjà engagés comptent, mais ne suffisent pas. Photovoltaïque et récupération de chaleur sont des acquis solides ; l'étape suivante se joue dans les achats et la chaîne de valeur.
5.
La donnée carbone devient un enjeu de compétitivité. Aéronautique, médical et défense attendent de plus en plus des fournisseurs qu'ils documentent leur empreinte.

Vous souhaitez mesurer votre empreinte carbone et identifier vos leviers d'action ?

GREENBIRDIE accompagne les industriels dans la réalisation de leurs bilans de gaz à effet de serre, la définition de leurs trajectoires et la construction de plans d'action opérationnels.

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