Si une simple correction du paramétrage des onduleurs peut parfois résoudre le problème, d'autres situations nécessitent une analyse plus approfondie du fonctionnement électrique de la centrale et des mesures au point de livraison.
Voici les principales règles à connaître et les vérifications à effectuer.
1. Pourquoi Enedis adresse-t-il des courriers aux producteurs photovoltaïques ?
Le développement rapide des installations photovoltaïques modifie le fonctionnement des réseaux électriques de distribution.
Historiquement conçus pour acheminer l'électricité depuis les postes sources vers les consommateurs, ces réseaux accueillent désormais un nombre croissant de producteurs décentralisés. Cette évolution peut notamment créer des contraintes de tension, particulièrement lors des périodes de forte production photovoltaïque et de faible consommation locale.
La gestion de la puissance réactive constitue l'un des leviers permettant de maîtriser ces contraintes. Depuis février 2023, Enedis prévoit des consignes de réglage spécifiques pour les nouvelles installations de production raccordées en basse tension concernées par cette évolution.
Or, des écarts ont été constatés entre le comportement électrique de certaines installations et les consignes attendues. Ces écarts peuvent notamment provenir :
- d'un réglage absent ou incorrect des onduleurs ;
- d'une inversion du sens de la puissance réactive ;
- d'une consigne mal transmise au système de régulation ;
- d'un écart entre les grandeurs mesurées aux onduleurs et au point de livraison ;
- d'une modification de l'installation ou de son paramétrage depuis la mise en service.
Enedis a donc engagé des démarches d'information et de vérification auprès des producteurs concernés.
Recevoir un courrier ne constitue pas, en soi, la preuve d'une non-conformité.
Il représente néanmoins un signal à examiner et auquel il convient de répondre.
2. Puissance active, puissance réactive et facteur de puissance : de quoi parle-t-on ?
Une installation photovoltaïque produit de la puissance active, exprimée en kilowatts (kW), qui correspond à l'énergie électrique valorisable par autoconsommation ou injection sur le réseau. Mais les équipements électriques échangent également de la puissance réactive, exprimée en kilovoltampères réactifs (kvar).
La puissance réactive participe aux phénomènes électromagnétiques et à la régulation des tensions. Elle peut être fournie ou absorbée par certains équipements, notamment les onduleurs photovoltaïques.
Trois grandeurs sont à distinguer :
- P : puissance active, exprimée en kW ;
- Q : puissance réactive, exprimée en kvar ;
- S : puissance apparente, exprimée en kVA.
Elles sont liées par la relation :
S² = P² + Q²
Le facteur de puissance, souvent exprimé par cos φ, caractérise le rapport entre puissance active et puissance apparente. La tangente φ correspond, en valeur algébrique et selon les conventions retenues, au rapport :
tan φ = Q / P
C'est cette dernière grandeur qui intervient dans les consignes de réglage des installations photovoltaïques.
Exemple : que signifie tan φ = -0,35 pour une centrale de 200 kW ?
Prenons une installation photovoltaïque délivrant une puissance active de 200 kW. Pour une consigne tan φ = -0,35, selon la convention de signe concernée :
Q = 200 × (-0,35) = -70 kvar
L'installation doit donc présenter une puissance réactive correspondant à 70 kvar en absorption. La puissance apparente associée est alors d'environ :
S = √(200² + 70²) ≈ 212 kVA
Cet exemple illustre deux points importants. D'abord, la puissance réactive représente une grandeur significative à l'échelle de l'installation. Ensuite, la capacité apparente des onduleurs et les limites de fonctionnement doivent être prises en compte : un équipement ne peut pas nécessairement fournir simultanément sa puissance active maximale et n'importe quelle consigne de puissance réactive.
Attention aux conventions de signe.
Le signe de Q et celui de tan φ peuvent différer selon les conventions des fabricants, les interfaces de supervision et les documents techniques. L'objectif est de vérifier le sens physique de l'échange, pas simplement de recopier une valeur négative dans un menu.
3. Que prévoit la réglementation sur la puissance réactive photovoltaïque ?
L'arrêté du 9 juin 2020
L'arrêté du 9 juin 2020 relatif aux prescriptions techniques de conception et de fonctionnement des installations raccordées aux réseaux électriques constitue une référence réglementaire importante. Son article 54 précise notamment les capacités minimales attendues pour certaines installations de production de type A.
En basse tension, pour les conditions de tension prévues par le texte, l'installation fonctionnant à sa puissance active maximale doit être capable :
- de fournir une puissance réactive d'au moins 0,4 × Pmax ;
- ou d'absorber une puissance réactive d'au moins 0,35 × Pmax.
Il s'agit de capacités techniques minimales, et non d'une consigne de fonctionnement identique pour toutes les installations. La capacité réglementaire et la consigne effectivement applicable sont deux notions distinctes. Le gestionnaire du réseau définit les conditions de fonctionnement dans le cadre de sa Documentation technique de référence et des documents contractuels de raccordement et d'exploitation.
La consigne Enedis applicable depuis le 1er février 2023
Pour les nouveaux raccordements basse tension concernés, Enedis a introduit une consigne d'absorption correspondant à tan φ = -0,35, selon sa convention de signe. Cette évolution concerne notamment les installations photovoltaïques raccordées en basse tension, dans le périmètre prévu par la Documentation technique de référence. Elle vise à améliorer l'accueil de la production renouvelable sur le réseau en contribuant à la maîtrise des élévations de tension.
Toutefois, une installation plus ancienne peut relever de dispositions différentes. Il convient donc de vérifier :
- la date d'entrée en file d'attente du raccordement ;
- les caractéristiques de l'installation ;
- la convention de raccordement et les éventuels avenants ;
- les prescriptions techniques applicables au site ;
- les réglages effectivement mis en œuvre.
Il serait incorrect de considérer que toutes les centrales photovoltaïques existantes doivent systématiquement être reparamétrées à tan φ = -0,35.
4. Pourquoi un onduleur correctement réglé ne garantit-il pas toujours la conformité ?
C'est probablement le point le plus important du diagnostic. La puissance réactive peut être mesurée à plusieurs endroits d'une installation photovoltaïque. Or, le comportement électrique constaté au niveau des onduleurs n'est pas nécessairement identique à celui observé au point de livraison. Plusieurs phénomènes peuvent expliquer cette différence.
Les consommations électriques internes
Une centrale peut alimenter des équipements auxiliaires : transformateurs, systèmes de ventilation, automatismes ou autres consommateurs. Ces équipements peuvent modifier le bilan global de puissance réactive.
Les câbles et les transformateurs
Les liaisons électriques et les transformateurs peuvent eux-mêmes contribuer aux échanges de puissance réactive. Ces effets doivent notamment être examinés sur les installations disposant de longueurs de câbles importantes ou d'un raccordement en HTA.
Le système de régulation
Certaines centrales utilisent un automate ou un système de pilotage centralisé pour coordonner plusieurs onduleurs. Une consigne correcte au niveau du superviseur ne garantit pas nécessairement sa bonne application par tous les équipements.
Les conventions de mesure et de signe
Un autre problème fréquent concerne l'interprétation du sens de la puissance réactive. Selon les équipements, une valeur négative peut être associée à une convention différente de celle utilisée par Enedis. Un paramétrage apparemment correct peut donc conduire à l'effet inverse de celui recherché.
Le diagnostic doit distinguer trois niveaux :
la consigne contractuelle, le réglage des équipements et les mesures réellement constatées au point de livraison.
5. Quels sont les risques en basse tension et en HTA ?
Les conséquences d'un mauvais réglage ne sont pas identiques selon le niveau de raccordement de l'installation.
Installation photovoltaïque raccordée en basse tension
Depuis l'entrée en vigueur du TURPE 7, le 1er août 2025, la composante de facturation de l'énergie réactive a été supprimée pour les installations raccordées en basse tension. Cela ne signifie pas pour autant que les obligations techniques relatives à la puissance réactive ont disparu. Le producteur reste tenu de respecter les conditions applicables à son raccordement.
Une non-conformité persistante peut entraîner des demandes de correction et, selon les circonstances et les dispositions contractuelles, des mesures affectant l'accès au réseau. Le risque est donc principalement technique, opérationnel et contractuel.
Installation photovoltaïque raccordée en HTA
Pour une installation raccordée en haute tension A, les enjeux peuvent également être financiers. Les dispositions du TURPE prévoient des mécanismes de facturation de l'énergie réactive dans certaines conditions. Une installation dont le comportement sort des plages contractuelles applicables peut générer des coûts supplémentaires.
Selon la puissance de la centrale, son profil de fonctionnement, les quantités d'énergie réactive concernées et les règles tarifaires applicables, ces coûts peuvent représenter plusieurs milliers d'euros par an. Il faut donc examiner conjointement :
- les exigences contractuelles au point de livraison ;
- les courbes de puissance active et réactive ;
- les éventuels dépassements ;
- les factures et les composantes tarifaires applicables ;
- les possibilités de correction technique.
En HTA, le bon réglage de la puissance réactive peut contribuer à éviter des surcoûts d'exploitation.
6. Que faire si vous recevez un courrier Enedis sur la puissance réactive ?
Une intervention sur les onduleurs ne doit pas être la première décision systématique. Une démarche structurée permet d'éviter des modifications inutiles, voire contre-productives.
7. Comment GREENBIRDIE accompagne les producteurs photovoltaïques
La gestion de la puissance réactive mobilise plusieurs compétences complémentaires : électrotechnique, exploitation photovoltaïque, régulation, comptage, réglementation et contrats d'accès au réseau. GREENBIRDIE accompagne les producteurs dans l'analyse des éventuelles non-conformités et l'identification des actions correctives. Selon les besoins de l'installation, notre accompagnement peut comprendre :
- Analyse documentaire et contractuelle — vérification des conventions de raccordement, des prescriptions applicables et des échanges avec le gestionnaire de réseau.
- Diagnostic technique — analyse des paramètres des onduleurs, de la régulation et des données électriques disponibles.
- Identification des corrections — définition des réglages ou des investigations complémentaires nécessaires, en coordination avec les équipes d'exploitation et de maintenance.
- Assistance dans les échanges avec Enedis — préparation des éléments techniques permettant de justifier les vérifications et les corrections réalisées.
- Analyse des conséquences économiques — pour les installations concernées, examen des éventuelles facturations d'énergie réactive et recherche des possibilités d'optimisation.
Notre objectif : proposer une réponse proportionnée à chaque situation, depuis la simple vérification d'un paramétrage jusqu'à l'analyse électrique approfondie d'une installation.
8. Questions fréquentes sur la puissance réactive photovoltaïque
Pourquoi ai-je reçu un courrier Enedis concernant ma centrale photovoltaïque ?
Enedis peut avoir identifié un écart apparent entre le comportement électrique de votre installation et la consigne de puissance réactive attendue. Ce courrier constitue une demande de vérification, pas nécessairement la preuve d'un mauvais réglage.
Quelle est la valeur de tan φ à appliquer sur mon onduleur photovoltaïque ?
Pour les nouveaux raccordements BT concernés depuis février 2023, Enedis prévoit une absorption correspondant à tan φ = -0,35 selon sa convention de signe. La valeur à saisir dans l'onduleur dépend également de la convention du fabricant. Il faut vérifier les documents de raccordement avant toute modification.
Toutes les centrales photovoltaïques doivent-elles être réglées à tan φ = -0,35 ?
Non. La consigne dépend notamment de la date, des caractéristiques et des conditions de raccordement. Les installations anciennes peuvent relever d'autres prescriptions.
L'énergie réactive est-elle encore facturée en basse tension ?
La composante de facturation de l'énergie réactive en BT a été supprimée avec l'entrée en vigueur du TURPE 7 au 1er août 2025. Les obligations techniques et contractuelles restent néanmoins applicables.
Peut-on être facturé pour l'énergie réactive en HTA ?
Oui. Selon les conditions contractuelles et tarifaires applicables, des échanges d'énergie réactive peuvent donner lieu à une facturation spécifique.
Un courrier Enedis peut-il conduire à l'arrêt de la production ?
Un simple courrier d'alerte ne signifie pas que la centrale sera automatiquement déconnectée. En revanche, une non-conformité persistante peut entraîner des mesures prévues par les contrats applicables, pouvant aller jusqu'à une suspension de l'accès au réseau dans certaines circonstances.
Qui doit intervenir pour corriger le réglage ?
Selon l'origine du problème, l'intervention peut relever de l'installateur, du mainteneur, de l'intégrateur du système de régulation ou d'un bureau d'études spécialisé en électrotechnique. Il est recommandé de faire valider la consigne et son interprétation avant toute modification.
Conclusion : la puissance réactive, un véritable sujet de conformité et d'exploitation
Les courriers adressés par Enedis rappellent qu'une installation photovoltaïque ne doit pas seulement produire de l'énergie : elle doit également respecter les conditions techniques de son raccordement au réseau électrique. La puissance réactive constitue un paramètre essentiel de cette conformité.
Mais un écart signalé ne signifie pas nécessairement un mauvais réglage des onduleurs, et une modification de consigne sans diagnostic préalable peut être inadaptée. La bonne démarche consiste à rapprocher les exigences contractuelles, les paramètres des équipements et le comportement réellement mesuré au point de livraison.
Vous avez reçu un courrier Enedis concernant la puissance réactive de votre installation photovoltaïque ?
Les ingénieurs de GREENBIRDIE peuvent vous accompagner dans l'analyse de votre situation, la vérification des réglages et l'identification des actions correctives. Contactez GREENBIRDIE pour faire analyser votre installation.
Références réglementaires et techniques
- Arrêté du 9 juin 2020, article 54 – Légifrance
- Enedis – Nouvelles consignes de réglage pour les installations solaires BT, 16 février 2023
- FFIE – Évitez les écarts de réactif : vérifiez vos réglages sur vos installations BT
- CRE – Projet de décision TURPE 7 HTA-BT, 4 février 2025
- Enedis – Documentation tarifaire TURPE 7
Cet article présente les principes généraux applicables. Les prescriptions techniques et contractuelles propres à chaque installation doivent être vérifiées avant toute intervention.